Comment tester vos compétences numériques ?

Pour tester les compétences numériques de vos équipes ou de vos candidats, cinq grandes familles de solutions existent en France et en Europe : Pix, le test européen Europass, les certifications TOSA et ICDL, et les plateformes de tests de recrutement. Toutes mesurent avant tout ce que l’on sait faire. Cet article les passe en revue, puis pose une question qu’elles laissent souvent de côté : que sait-on du numérique, au-delà de ce qu’on sait en faire ?

Pourquoi la question se pose autrement en 2026

Le numérique est partout dans le travail, et l’IA s’y installe plus vite que la formation. Selon la Commission européenne, 92 % des travailleurs européens utilisent des technologies numériques et 30 % des systèmes d’IA, mais seuls 15 % ont été formés à l’IA.

Savoir où en sont ses équipes devient donc une priorité : pour recruter, pour former au bon endroit, pour déployer l’IA sans risque. Encore faut-il choisir le bon outil, et savoir ce qu’il mesure vraiment.

Le référentiel commun : DigComp

Presque tous les tests européens s’appuient sur DigComp, le cadre de référence des compétences numériques publié par la Commission européenne depuis 2013. Il décrit 21 compétences réparties en cinq domaines : information et données, communication et collaboration, création de contenu, sécurité, résolution de problèmes.

Sa cinquième version, DigComp 3.0, est parue le 27 novembre 2025. Elle ne crée pas de domaine « IA » à part : l’IA est intégrée à chacune des 21 compétences. Elle ajoute plus de 500 résultats d’apprentissage et ramène les niveaux de maîtrise de huit à quatre : basique, intermédiaire, avancé, très avancé.

Un point mérite d’être souligné : DigComp décrit des connaissances, des savoir-faire et des attitudes. Le cadre lui-même ne réduit donc pas le numérique à la manipulation d’outils. Ce sont les tests qui, souvent, se concentrent sur le savoir-faire.

Les principales solutions

Pix, le service public français

Pix est le service public en ligne d’évaluation, de développement et de certification des compétences numériques, lancé en 2016. Son référentiel, dérivé de DigComp, compte 16 compétences réparties en cinq domaines. Le test est gratuit pour les particuliers, la certification est éligible au CPF, et elle est désormais délivrée à tous les élèves en fin de 3e et de terminale.

Pour les organisations, Pix propose une offre payante, Pix Pro, avec une interface de pilotage. Elle s’adresse aux structures d’au moins 30 salariés et n’est pas conçue pour les TPE.

Le test européen « Testez vos compétences numériques »

La Commission européenne met à disposition un outil d’autoévaluation gratuit, sur Europass et sur la plateforme européenne des compétences numériques, en 29 langues. Basé sur DigComp, il donne un niveau par domaine et propose des formations adaptées. C’est un bon point de départ individuel, mais il n’est pas pensé pour un usage en entreprise ou en recrutement.

TOSA Digital (Isograd)

Isograd, acteur français, délivre les certifications TOSA. Elles couvrent la bureautique (Microsoft Office, Google Workspace), la création graphique, les comptences numériques de base (DigComp, CyberCitizen) et la programmation. Le candidat obtient un score sur 1 000 et un diplôme valable trois ans.

ICDL / PCIE

L’ICDL, connu en France sous le nom de PCIE (Passeport de compétences informatique européen), est un standard international décliné en modules : traitement de texte, tableur, outils collaboratifs, édition d’images… Les modules sont enregistrés au Répertoire spécifique de France Compétences et évalués par des tests en ligne basés sur des mises en situation, sous surveillance.

Les plateformes de tests de recrutement

Des plateformes comme TestGorilla ou Testlify proposent, dans de vastes bibliothèques de tests, des évaluations de « digital literacy » ou de maîtrise informatique, souvent par simulation. Elles s’intègrent aux logiciels de recrutement, mais leurs contenus sont souvent conçus pour un usage international et des environnements logiciels précis.

En un coup d’œil

Solution Pour qui Ce qui est mesuré Format Usage en entreprise
Pix / Pix Pro Tous publics ; Pix Pro dès 30 salariés 16 compétences numériques transversales (DigComp) Test adaptatif, certification éligible CPF Oui, avec Pix Pro
Test Europass Particuliers 5 domaines DigComp Autoévaluation gratuite, 29 langues Non
TOSA Digital Particuliers, entreprises, organismes de formation Bureautique, outils, DigComp, cybersécurité, code Certification, score sur 1 000, valable 3 ans Oui
ICDL / PCIE Particuliers, entreprises, organismes de formation Maîtrise d’outils, module par module Certification surveillée, mises en situation Oui
TestGorilla, Testlify… Recruteurs Maîtrise informatique, logiciels Tests en ligne, simulations Recrutement
TANU Entreprises, recruteurs Culture numérique : compréhension, usages, enjeux, risques Tests personnalisables, réponses expliquées, badges Recrutement et acculturation

Les cinq premières solutions mesurent d’abord la capacité à faire. TANU mesure autre chose : c’est l’objet de la suite.

Ce que ces tests mesurent, et ce qu’ils laissent de côté

Une compétence numérique, c’est savoir faire : rechercher efficacement, mettre en forme un tableau, sécuriser un mot de passe. C’est indispensable, et les solutions ci-dessus le mesurent bien.

Mais les compétences s’apprennent vite et se périment avec les outils. Un logiciel maîtrisé aujourd’hui aura changé dans deux ans.

La culture numérique, elle, c’est savoir ce qui est possible : comprendre comment fonctionne le numérique, ce qu’il permet, ce qu’il coûte, ce qu’il risque. Elle se construit dans le temps, et elle reste. C’est elle qui permet de formuler un besoin, de choisir le bon outil, de repérer un danger.

Un exemple suffit. Savoir scanner un QR code est une compétence. Savoir qu’un QR code peut aussi mener vers un site frauduleux relève de la culture.

Avec l’IA, cette différence devient décisive. Le savoir-faire est de plus en plus accessible à tous, puisqu’il suffit de le demander. Ce qui fait la différence, c’est de savoir quoi demander, et de juger ce qu’on obtient. Autrement dit : on ne peut pas vouloir ce qu’on ne connaît pas.

TANU : tester la culture numérique

TANU a été créé en 2015 avec un parti pris : mesurer la culture numérique plutôt que la maîtrise des outils. Ses questions portent sur la compréhension du monde numérique, pas sur des manipulations de logiciels.

Des tests 100 % personnalisés. Chaque organisation compose son test à partir d’une bibliothèque de catégories : informatique, internet, réseaux sociaux, économie numérique, IA, cybersécurité, désinformation, sobriété numérique, ou ses propres thématiques métier. Deux modèles servent de point de départ : TANU Fondamentaux, pour la culture générale numérique, et TANU Safety, pour le numérique responsable.

Un test qui explique. Chaque question propose une réponse « Je ne sais pas » : inutile de deviner. Après le test, chaque réponse est expliquée. Personne ne repart sans comprendre ce qu’il a manqué.

Un film plutôt qu’une photo. Chaque catégorie réussie rapporte un badge, du bronze au platine. Les badges s’accumulent de test en test sur un dashboard personnel, que le participant peut rendre public et partager. Une culture se construit dans le temps : le dashboard la suit.

Pour l’entreprise, les résultats individuels permettent d’aborder le numérique en entretien de recrutement sur une base concrète, et de proposer à chaque collaborateur les formations dont il a vraiment besoin.

TANU ne remplace pas une certification de compétences. Il intervient avant : pour savoir quelles compétences développer, et chez qui.

Quel test pour quel besoin ?

Votre besoin Solution adaptée
Faire le point seul, gratuitement Pix ou le test Europass
Obtenir une certification reconnue, finançable par le CPF Pix, TOSA ou ICDL / PCIE
Vérifier la maîtrise d’un logiciel précis TOSA, ICDL / PCIE ou une plateforme de tests de recrutement
Savoir si un candidat comprend le numérique, quel que soit le poste TANU
Savoir quoi former, et chez qui, avant un plan de formation ou un déploiement de l’IA TANU, puis une solution de compétences

Les deux approches se complètent. La culture dit ce qui est possible ; les compétences permettent de le faire. Commencer par la culture, c’est former au bon endroit.

Sources

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